Après vingt-cinq ans passés dans le Private Equity, Nicolas Macquin, Président & co-fondateur d’Archinvest, porte aujourd’hui un regard particulièrement exigeant sur la sélection des gérants. Au-delà des performances affichées, il s’intéresse à ce qui permet réellement de comprendre la création de valeur, sa reproductibilité et la capacité d’une équipe à traverser plusieurs cycles.
Après 25 ans passés dans le Private Equity, qu’est-ce qui a le plus changé dans ta manière d’évaluer un gérant ou une équipe d’investissement ? Y a-t-il des éléments auxquels tu accordes aujourd’hui beaucoup plus d’importance qu’à tes débuts ?
Il y a vingt-cinq ans, le métier reposait surtout sur quelques fortes individualités, disposant d’un bon carnet d’adresses et d’un certain talent des affaires. Aujourd’hui, cela ne suffit plus.
Ce qui distingue véritablement un bon investisseur, c’est surtout sa capacité à s’entourer d’une excellente équipe : des experts en due diligence, des consultants opérationnels, un réseau d’investisseurs internationaux, etc.
C’est cette évolution qui a directement structuré la manière dont nous avons construit l’équipe d’Archinvest. Nous ne cherchons pas seulement des analystes capables de lire un track-record personnel, mais des profils capables de challenger le fonctionnement d’une équipe d’investissement et la gouvernance d’un gérant sur le long terme.
Quand on regarde un fonds, les chiffres et le track-record racontent une partie de l’histoire. Qu’est-ce que tu cherches à comprendre au-delà des performances affichées ? Quels sont, selon toi, les signaux qui permettent de distinguer une vraie capacité de création de valeur d’un bon historique de marché ?
Justement, la performance affichée ne dit rien en soi.
Un même multiple peut cacher deux histoires totalement différentes : une entreprise qui a réellement grandi sous l’impulsion du gérant, ou une entreprise qui a simplement bénéficié d’un marché porteur au moment de son acquisition.
Notre travail consiste donc à démêler ces deux histoires, dossier par dossier. Nous ne regardons pas uniquement le multiple obtenu à la sortie ; nous cherchons à comprendre ce qui a concrètement changé dans l’entreprise entre l’entrée et la sortie du fonds.
Le timing compte également. Savoir acheter et revendre au bon moment, au bon prix, est un véritable facteur de performance. Un bon gérant doit donc démontrer les deux : sa capacité à faire grandir l’entreprise pendant qu’il la détient, mais aussi celle de choisir le bon moment pour entrer et sortir.
La qualité d’une équipe reste évidemment centrale. Qu’est-ce qui fait, à tes yeux, qu’une équipe de Private Equity est capable de créer de la valeur sur plusieurs cycles ? Et, à l’inverse, quels peuvent être les signaux d’alerte ?
Une équipe qui crée de la valeur est une équipe capable de répéter sa méthode sur des dossiers différents, dans des secteurs différents et sur plusieurs millésimes.
Une réussite isolée ne prouve rien. Une méthode qui se répète, en revanche, est beaucoup plus révélatrice.
Le véritable test n’est d’ailleurs pas la performance en haut de cycle, mais le comportement en bas de cycle. Un gérant qui n’a jamais eu à démontrer sa résilience dans une période difficile n’a, à mes yeux, encore rien démontré.
Le marché donne aujourd’hui accès à un univers de fonds particulièrement large. Comment faites-vous pour conserver une approche réellement sélective ? Et quelle place ton expérience « de l’autre côté de la table » occupe-t-elle aujourd’hui dans cette sélection chez Archinvest ?
Nous nous limitons volontairement à un nombre restreint de gérants, parce que sélectionner correctement demande du temps.
Il faut vérifier chaque ligne du track-record, refaire les analyses de quartile, comprendre la composition réelle de la performance dossier par dossier. Cette due diligence est exigeante et peut prendre plusieurs mois pour chaque dossier.
Et notre travail ne s’arrête pas une fois l’investissement réalisé. Nous entretenons ensuite une relation avec le gérant dans la durée, au quotidien, afin de continuer à suivre ce qui se passe réellement dans le fonds.
Avoir été moi-même de l’autre côté de la table pendant vingt-cinq ans change concrètement ce dialogue. Je sais où se trouvent les zones d’ombre d’un dossier parce que je les ai moi-même gérées. Cela nous évite notamment de nous laisser impressionner par un pitch bien construit et donne tout son sens au temps que nous consacrons aux vérifications avant de nous positionner.
Au-delà de ta méthode d’analyse, quelles sont les convictions personnelles qui guident aujourd’hui ton approche du Private Equity ? Y a-t-il des stratégies, des secteurs ou des profils de gérants auxquels tu crois particulièrement, et pourquoi ?
Au fond, tout se résume à une seule question que nous nous posons sur chaque dossier : est-ce que cette performance est reproductible, ou est-ce qu’elle était simplement chanceuse ?
C’est cette grille de lecture que nous appliquons chez Archinvest, quelle que soit la stratégie du fonds.
Je reste par ailleurs convaincu que le non-coté est appelé à se développer davantage, notamment en raison des besoins de financement des entreprises.
On le voit avec l’émergence de nouvelles structures, comme les fonds evergreen, qui permettent d’investir en continu plutôt que d’attendre une fenêtre de levée classique. On le voit également avec la place croissante que prennent des secteurs comme les infrastructures et l’innovation, qui ont des besoins en capitaux considérables et ne peuvent plus être financés uniquement par la dette bancaire classique.
Cette dynamique continuera, à mon sens, de tirer le marché vers le haut dans les années à venir.
Et dans ce contexte, la discipline de sélection que nous appliquons ne sera pas simplement un atout : elle sera une condition pour bien investir.